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Protection de l’enfance : écouter le terrain

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Protection de l’enfance : écouter le terrain

Les questions liées à la protection de l’enfance, à l’accompagnement des familles et à l’intérêt supérieur de l’enfant sont complexes. Elles mobilisent des professionnels engagés, confrontés à des situations humaines souvent lourdes, dans des cadres institutionnels exigeants.

Chez Kiido, nous pensons qu’il est essentiel de créer des espaces de dialogue entre les acteurs du terrain, les familles et les initiatives émergentes. Non pour opposer les pratiques, mais pour mieux comprendre les contraintes réelles, les points de vigilance et les leviers d’amélioration possibles.

Dans cette perspective, nous avons souhaité donner la parole à Jordane Masurel, chef de service éducatif en AEMO (Assistance Éducative en Milieu Ouvert, secteur judiciaire), afin de partager un regard professionnel sur les réalités du terrain : charge de travail, place de l’enfant, relation aux familles, rôle des outils et importance du travail collaboratif.

Cet échange ne vise ni à juger ni à simplifier, mais à contribuer, modestement, à une réflexion collective sur la manière dont les familles peuvent être mieux accompagnées, en amont des situations les plus critiques.


1. Contraintes du terrain

Quelles sont aujourd’hui les principales contraintes qui pèsent sur la qualité de l’accompagnement en AEMO ?

La charge de travail des professionnels de la protection de l’enfance est aujourd’hui très importante, une situation largement partagée au niveau national. Elle s’explique en grande partie par un manque de moyens humains et financiers. Les intervenants se voient confier un nombre élevé de mesures, ce qui limite les possibilités de déployer un accompagnement réellement global, individualisé et adapté aux besoins spécifiques de chaque famille


2. L’intérêt de l’enfant comme boussole

Comment gardez-vous les besoins de l’enfant au centre dans des situations complexes ou conflictuelles ?

Les situations sont abordées en équipe pluridisciplinaire, ce qui offre un espace d’élaboration et de réflexion collective. Les outils et les formations dont disposent les professionnels permettent également de rester centrés sur l’intérêt supérieur de l’enfant.


3. Climat de confiance vs climat de peur

Qu’est-ce qui permet d’instaurer un climat de confiance et d’affiliation avec les familles ?

C’est le cœur de notre intervention : créer la rencontre et prendre le temps avec les familles et les enfants. Lorsque cette phase d’« affiliation » peut se mettre en place, le travail d’accompagnement éducatif devient alors possible.


4. Incompréhensions entre familles et professionnels

Où naissent le plus souvent les incompréhensions ?

Elles apparaissent fréquemment lorsque le danger pour l’enfant est lié à un conflit parental, et que les éléments identifiés par les services ne sont pas compris ou reconnus par les parents concernés.


5. Rôle des outils non institutionnels

Quel rôle peuvent jouer des dispositifs non institutionnels ?

Selon moi, les initiatives et innovations sociales peuvent contribuer positivement à l’amélioration globale des accompagnements. Cela est d’autant plus pertinent lorsqu’un travail collaboratif se met en place entre les acteurs de terrain, les personnes accompagnées et les ingénieurs sociaux.


6. Conditions d’acceptabilité des outils

Quelles conditions sont nécessaires pour qu’un outil soit utile et acceptable ?

La pertinence et la reconnaissance de l’outil, ainsi que sa validation par les services financeurs. Mais aussi l’implication réelle des personnes concernées, qu’il s’agisse des professionnels ou des usagers.


7. Levier d’amélioration prioritaire

Que faudrait-il faire évoluer en priorité pour soutenir les familles en amont ?

L’un des leviers essentiels me semble être le développement d’un travail collaboratif et participatif. Cela suppose que les différents acteurs puissent travailler ensemble, avec moins de contraintes administratives inutiles (dossiers non partagés, manque de temps, de moyens…).

Les espaces de synthèse et d’échanges existent déjà, mais ils gagneraient à être multipliés et davantage ancrés dans les pratiques institutionnelles, tous secteurs confondus : Éducation nationale, protection de l’enfance, centres sociaux, services médicaux et psychologiques.

Bien entendu, cela ne peut se faire sans un travail de fond, dans le respect strict des cadres réglementaires (RGPD, droits fondamentaux, etc.).


Cet entretien a été réalisé dans une démarche de dialogue et de compréhension mutuelle. Il reflète un point de vue professionnel de terrain, sans engager l’institution concernée.